Le leader centriste, qui n’est pas candidat aux élections européennes, se retrouve au centre de la campagne, attaqué à droite comme à gauche
par des partis que la bonne tenue du MoDem dans les sondages inquiète.
L’an dernier, le parti d’opposition s’est divisé pour savoir si le héraut centriste pouvait, ou non, devenir un partenaire pour les élections municipales. Et voilà que pour les échéances européennes, occasion rêvée de se refaire une santé électorale en se posant comme la seule alternative à Nicolas Sarkozy, le PS se voit de nouveau concurrencé par un François Bayrou qui soigne son image d’implacable procureur du chef de l’État.
Cette irruption régulière du leader centriste dans l’arène politique irrite au plus haut point les socialistes. Même si à leurs yeux, le président du MoDem est d’abord un phénomène médiatique. « Il profite d’un besoin irrationnel, entretenu par certains médias, de voir émerger un troisième homme. On nous a déjà fait le coup avec Coluche, avec Tapie ou avec Chevènement », assure ainsi Claude Bartolone. En fait, poursuit le député socialiste, « le problème ce n’est pas Bayrou, c’est le PS ». L’essor du président du MoDem, explique-t-il, est le symptôme des maux qui frappent le Parti socialiste : «Nous apparaissons encore trop divisés, incapables de proposer une alternative au pays.»
François Bayrou en meeting pour les européennes le 23 mai dernier à Paris (Langlois/AFP).
"Unir la gauche pour imposer le rapport de force"
Comme lui, beaucoup au PS parient que la pression exercée par
François Bayrou s’allégera d’elle-même une fois le parti remis en ordre de marche. « Travaillons le projet, unissons la gauche et alors nous imposerons le rapport de force. C’est nous qui serons
en position de demander à François Bayrou de sortir de l’ambiguïté et de se situer face à Sarkozy », insiste Jean-Christophe Cambadélis.
En attendant ces temps idéaux, François Bayrou n’a pas fini de tourmenter le PS. D’autant que le MoDem « est devenu une arme de division massive dans nos batailles internes comme on l’a vu au
congrès de Reims ou avec les derniers propos de François Hollande », déplore un sénateur PS. Et cela ne semble pas près de s’arrêter. « Dès le lendemain des européennes, on sait bien que va se
poser la question de l’alliance avec le MoDem pour les régionales de 2010 », reconnaît Delphine Batho, députée des Deux-Sèvres proche de Ségolène Royal.
Le débat promet encore d’être vif. Là où Benoît Hamon, figure de l’aile gauche, voit en effet « une frontière étanche », d’autres ne demandent qu’à construire des passerelles. « Le but ce n’est
pas d’en finir avec l’union de la gauche pour s’ouvrir au centre, mais d’inclure dans une alliance arc-en-ciel aussi bien l’extrême gauche que le MoDem », défend ainsi Delphine Batho.
Dangereux en 2012
Ces débats font évidemment les délices du camp adverse. Pour
l’heure, les responsables du parti majoritaire reconnaissent à demi-mot que le tour de piste du MoDem, crédité de 14 % des intentions de vote le 7 juin (selon un sondage TNS Sofres publié hier),
est un plus pour l’UMP. « Ça nous sert, il affaiblit le PS », assène un cacique du parti du président, qui se félicite du bon score que les experts de l’opinion prédisent à l’UMP. Mais rue de La
Boétie, au siège du parti, on sait bien que les réjouissances – européennes – seront de courte durée.
Car, dans la perspective de l’élection présidentielle de 2012, François Bayrou pourrait s’avérer un adversaire autrement plus dangereux pour Nicolas Sarkozy. En 2007, la faiblesse de la candidate
socialiste, Ségolène Royal, conjuguée à la montée en puissance du leader centriste, véritable « troisième homme » de la campagne, avaient un temps laissé penser que les courbes des deux candidats
anti-sarkozystes pourraient s’inverser. Les experts s’accordaient alors à dire que si François Bayrou parvenait à passer la barre du premier tour, il avait toutes les chances de remporter
l’élection présidentielle, face au candidat de l’UMP.
La stratégie continue d’affaiblissement du PS menée par Nicolas Sarkozy depuis qu’il est à l’Élysée – par l’ouverture, notamment – a un prix : concourir à ouvrir un espace à François Bayrou, qui
souhaite apparaître comme le meilleur opposant au chef de l’État, devant un PS exsangue, divisé et concurrencé par l’extrême gauche. Dans un classement des personnalités, réalisé hier par la TNS
Sofres/Logica (pour France Télévisions, Radio France et Le Monde, publié hier), le président du MoDem se situe d’ailleurs devant Martine Aubry : le leader centriste totalise 59 % de bonnes
opinions, contre 57 % dévolues à la première secrétaire du PS. Depuis la sortie du livre pamphlet de François Bayrou (Abus de pouvoir, Plon), qui remporte un franc succès en librairie, l’Élysée
cherche donc la bonne parade.
Le pousser à dévoiler son projet
Conseiller du président, et porte-parole adjoint de l’UMP,
Dominique Paillé vient de publier un livre réplique, Les Habits neufs des faux centristes (1), dans lequel il fustige notamment le caractère solitaire et dilettante du président du MoDem. Pour
lui, la stratégie anti-Bayou est simple : il s’agit de dire qui il est « un menteur » et de le pousser à dévoiler son projet. « Bayrou ne peut pas parler de son projet car s’il se démasque, il
perd les électeurs de gauche qu’il essaye de conquérir », explique ce conseiller présidentiel.
Deuxième visée poursuivie par l’UMP : s’employer à siphonner l’électorat « naturel » du président du MoDem, d’inspiration chrétienne, fortement représenté dans
l’ouest de la France, où François Bayrou a fait un très bon score en 2007. « L’UMP doit revenir à des valeurs fondamentales de l’électorat centriste, analyse encore Dominique Paillé, travail,
effort, qui sont aussi des valeurs sarkozystes, mais également solidarité et vision apaisée de la société. Parce que c’est là que François Bayrou a prise. »
Officiellement, bien sûr, « François Bayrou n’est pas un problème » pour le chef de l’État. « Nous n’avons pas besoin d’une stratégie anti-Bayrou, il s’asphyxie tout seul », assure-t-on,
faussement détaché, dans l’entourage présidentiel, où on se refuse à considérer le leader centriste comme un adversaire crédible pour 2012. Dans les médias, l’UMP et l’Élysée cherchent avant tout
à le banaliser : « Bayrou est seul, avance un conseiller de Nicolas Sarkozy. Il n’a plus les électeurs de droite, et n’a pas encore les électeurs de gauche. Il n’a pas d’idées non plus, si ce
n’est l’anti-sarkozysme. Il est surévalué médiatiquement. » « Il n’y a pas d’angoisse pour l’instant, renchérit Dominique Paillé. Pour autant, nuance-t-il, on préfère toujours avoir un
adversaire… à distance. » François Bayrou, si loin, si… proche.
Mathieu CASTAGNET et Solenn de ROYER
(1) Le Cherche-Midi, 178 p., 14 €.
Source : http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2374965&rubId=786
En matière de classement des personnalités, c'est
François Bayrou qui a le vent en poupe. Le président du MoDem bénéficie de la meilleure cote avec 59% (contre 37% de mauvaises opinions) et se place en tête des personnalités les plus
populaires dans le cadre de ces élections européennes. Il devance Martine Aubry, la première secrétaire du PS qui recueille 57% de bonnes opinions, contre 38% de mauvaises, et 5% sans
opinion.
Jeu des extrêmes, mais finalement balle au centre.
Propulsé par un feu de critiques, le leader du MoDem, François Bayrou, se retrouve au centre de la campagne des élections européennes. Les piques fusent, les attaques claquent et la gauche comme
la droite tapent de plus en plus fort sur celui qui n'est même pas candidat à Strasbourg. Mais dont le parti, qui présente dix-sept candidats, se porte comme un charme.




